
Photo: Khánh Long
Située dans la partie centrale du littoral vietnamien, la province de Bình Định concentre l’un des plus importants patrimoines architecturaux de l'ancien royaume de Champâ. Parmi les nombreux sites fortifiés édifiés dans l’arrière-pays, les tours jumelles, localisées au cœur même du tissu urbain de la ville de Quy Nhơn, constituent un aménagement singulier et immédiatement accessible pour les voyageurs. Cet ensemble monumental, construit entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, témoigne des mutations architecturales d'une période de transition historique marquée par des échanges culturels et des conflits réguliers avec l'Empire khmer. Une halte sur ce site archéologique permet d’appréhender la complexité de l’art sacré cham avant de poursuivre un itinéraire routier vers les autres sanctuaires de la région.
Les caractéristiques architecturales et les structures de Tháp Đôi
L'exploration de ce complexe monumental se concentre sur deux édifices majeurs préservés au sein d'un aménagement paysager qui en facilite l'observation détaillée sous différents angles.
La tour Nord et l'influence khmère sur la structure principale

Le toit incurvé des tours est ce qui confère aux Tours Jumelles leur caractère unique. Photo: Duc Nhat
La tour Nord, qui est la plus haute des deux structures avec une élévation atteignant vingt mètres, présente une base carrée massive en briques rouges dont le liant d'origine, à base de sève végétale, suscite toujours l'intérêt des ingénieurs et des historiens. Contrairement aux sanctuaires cham plus classiques ou plus anciens de la province, son toit ne s'achève pas en une série de pyramides étagées mais adopte une courbure prononcée vers l'intérieur qui rappelle la silhouette des temples d'Angkor Wat, un détail architectural unique qui matérialise l'occupation et l'influence politique directe des Khmers au cours de cette époque.
Les coins extérieurs de la toiture supérieure sont ornés de sculptures imposantes en pierre de grès représentant Garuda, l'oiseau mythique de la cosmologie hindoue, figuré les ailes déployées et les bras levés pour soutenir symboliquement le poids de la corniche en briques. À l'intérieur du monument, l'espace se révèle particulièrement étroit et vertical, montrant des parois abruptes couvertes de suie ancienne qui s'élèvent vers une voûte conique, où la lumière naturelle pénètre uniquement par l'unique ouverture d'entrée orientée strictement vers l'est, selon les règles du culte solaire.
La tour Sud et les motifs décoratifs du sanctuaire secondaire

Photo: Duc Nhat
La tour Sud se dresse à peine à quelques mètres de la structure principale et culmine à une hauteur de dix-huit mètres, affichant une silhouette similaire mais légèrement plus étroite et élancée. Les fondations en pierre et les murs extérieurs de ce second édifice ont fait l'objet de travaux de restauration méticuleux à la fin du XXe siècle, menés par des experts nationaux et internationaux pour consolider les briques anciennes altérées par l'humidité tropicale et les éclats d'obus des conflits modernes.
Le décor extérieur de la tour Sud met en valeur des frises sculptées directement dans le grès gris-bleu représentant des lignes de danseuses Apsaras de la mythologie hindoue dans des postures dynamiques, des animaux sacrés comme des éléphants de combat et des singes facétieux issus des récits du Ramayana, ainsi que des divinités protectrices sur les linteaux des fausses portes décoratives. L'accès à la chambre intérieure se fait par un escalier de pierre court et raide, menant à un espace central où les archéologues ont documenté les traces historiques de rituels de lustration dédiés à Shiva, confirmant la fonction spirituelle et royale originelle de ce complexe commandé par l'aristocratie de Vijaya.
Les techniques de maçonnerie et les bas-reliefs de liaison
L'analyse de la structure d'assemblage révèle la maîtrise technique exceptionnelle des bâtisseurs Chams, qui utilisaient des briques cuites à des températures spécifiques permettant une imbrication si serrée que les joints extérieurs demeurent presque invisibles à l'œil nu. Les jonctions entre les deux tours mettent en évidence un travail de sculpture sur blocs de grès encastrés directement dans la masse de briques, une méthode qui assurait la stabilité des bas-reliefs face aux secousses sismiques et à l'érosion éolienne du littoral.
Des divinités anthropomorphes à plusieurs bras, des représentations de gardiens de temple (Dvarapala) et des motifs de feuilles d'acanthe stylisées enveloppent la base de chaque édifice, créant une transition visuelle fluide entre le sol de granit et la verticalité des parois de terre cuite. Cette alliance de la brique et de la pierre sculptée confère aux tours jumelles une robustesse structurelle unique, ayant permis aux toitures massives de résister à l'effondrement des superstructures internes au fil des siècles.
Calendrier et indicateurs climatiques pour planifier l'excursion
La programmation d'une visite des tours jumelles s'intègre dans le calendrier climatique de la côte de Bình Định, qui est soumise au régime des moussons. La période idéale pour organiser un séjour s'étend de janvier à août, pendant la saison sèche, lorsque le ciel est dégagé et que le taux d'humidité reste modéré. Les températures moyennes oscillent entre 27°C et 33°C, ce qui rend les observations extérieures confortables, particulièrement en début de matinée, vers 8 heures, ou en fin d'après-midi après 16 heures, lorsque la lumière rasante met en relief les sculptures de grès. Durant la saison des pluies, d'octobre à décembre, la région subit de fortes précipitations qui peuvent compliquer les déplacements pédestres sur les pelouses entourant les monuments et réduire la visibilité des détails de la charpente supérieure.
L'intégration du patrimoine historique dans la ville moderne
Les tours jumelles de Quy Nhơn offrent un témoignage concret de la coexistence entre les vestiges archéologiques médiévaux et le développement urbain contemporain de la province de Bình Định. Ce site se distingue des complexes de tours isolées sur les collines environnantes par sa situation sur l'avenue Trần Hưng Đạo, permettant aux visiteurs de s'y rendre facilement en transport urbain, en taxi ou à vélo depuis les hôtels du front de mer. En préservant ce sanctuaire au centre d'un parc public arboré, la municipalité maintient un espace de mémoire historique accessible, qui sert de point de départ didactique pour comprendre l'histoire complexe du Centre-Vietnam avant d'entreprendre des excursions vers des sites plus éloignés de l'arrière-pays.
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