Située dans la province de Khánh Hòa, sur la côte centrale du Vietnam, la ville de Nha Trang est mondialement connue pour son littoral, mais elle constitue également un pôle historique majeur de l'ancien royaume de Champa, connu sous le nom de principauté de Kauthara. Le fleuve Cái, qui se jette dans la baie de Nha Trang, abrite sur ses rives des structures monumentales exceptionnelle, à l'image des tours de Po Nagar, édifiées entre les VIIIe et XIIe siècles. Au-delà de ce patrimoine architectural en brique, la région préserve des savoir-faire techniques spécifiques liés aux communautés chames, notamment dans les domaines de la poterie et du tissage. S'y arrêter le temps d'un séjour permet d'étudier des modes de production préindustriels et de comprendre comment ces arts appliqués structurent l'identité culturelle du territoire.

La poterie chame : une technique de modelage dynamique sans tour de potier

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Produits céramiques de la coopérative de poterie Bau Truc Cham (ville de Phuoc Dan, district de Ninh Phuoc, province de Ninh Thuan. (Photo : Nguyen Thanh/TTXVN)

La poterie chame traditionnelle se distingue par un procédé de fabrication unique dans l'histoire des techniques céramiques : l'absence totale de tour de potier ou de roue mécanique. Pour façonner l'argile brute, l'artisan utilise une méthode de modelage mobile où le potier tourne physiquement autour de la pièce fixe. En reculant pas à pas selon un mouvement rythmique et circulaire, l'artisan utilise ses mains et des outils rudimentaires pour lisser et courber les parois du vase, une pratique qualifiée par les technologues d'archéologie vivante.

Le système de cuisson répond également à des critères traditionnels stricts, à l'écart des fours fermés. Les pièces de terre sont empilées et cuites en plein air, à même le sol. Pour alimenter le foyer, les artisans utilisent exclusivement de la paille, du bois et des herbes sèches. Ce contact direct avec les éléments génère des variations thermiques et des apports d'oxygène irréguliers, laissant sur la surface des poteries des taches de roussissement appelées « cicatrices de feu ». Ces nuances aléatoires de brun, d'ocre et de noir confèrent à chaque objet un caractère unique et une sobriété texturée qui s'inscrivent directement dans les critères contemporains du design durable et de l'esthétique valorisant l'imperfection du geste humain.

 

L'art du tissage cham : codification des motifs et teintures végétales

Nghề dệt thổ cẩm hơn 100 năm của người Chăm ở An Giang ‘đổi đời’, chinh phục du khách - Ảnh 1.

Mme Say Mah se ne tisse que de beaux brocarts - Photo : CHI CONG
Le tissage traditionnel cham représente un conservatoire de motifs géométriques et symboliques complexes, transmis de mère en fille depuis plusieurs siècles. Chaque étoffe, pièce de vêtement ou ceinture fonctionne comme un support visuel illustrant la cosmogonie et l'organisation sociale de cette ancienne civilisation maritime. Les artisans intègrent dans la trame des motifs de diamants, symboles de fertilité, ainsi que des représentations stylisées de dragons conduisant aux attributs du pouvoir royal et aux mythes fondateurs.

La production des textiles repose sur une chaîne opératoire respectueuse de l'environnement local, privilégiant l'usage de matières premières naturelles. Pour les produits filés, les artisans emploient des fibres de coton locales traitées manuellement afin d'obtenir une texture brute et résistante. Pour la colorisation, ils ont un recours exclusif à des teintures extractibles végétales ou minérales, telles que l'indigo sauvage pour l'obtention des noirs profonds ou des extraits d'écorces d'arbres pour stabiliser les rouges terreux. Cette rigueur dans l'approvisionnement et la fabrication confère aux textiles une complexité sensorielle et éthique recherchée par les segments de voyageurs sensibles à la traçabilité culturelle et à la préservation des patrimoines immatériels.


Intégration géographique et valorisation des centres artisanaux

L'observation de ces métiers d'art s'effectue principalement au sein des centres artisanaux et des structures associatives situés à proximité immédiate du complexe de la tour de Po Nagar ou dans les communes limitrophes de la vallée du fleuve Cái. Ces espaces de démonstration et de vente permettent de maintenir une activité économique viable pour les familles d'artisans tout en encadrant la transmission des gestes techniques auprès des jeunes générations.

Pour les visiteurs, la visite de ces ateliers en milieu de journée offre une opportunité d'analyser le travail de la matière en complément de la visite des édifices sacrés. Les circuits intègrent généralement des démonstrations de filage et de façonnage, mettant en évidence l'habileté manuelle indispensable pour pallier l'absence d'outillages industriels et pour préserver la valeur historique de la culture de Kauthara.

 

Repères logistiques et accessibilité du littoral

Sur le plan de la connectivité, la ville de Nha Trang est desservie par l'aéroport international de Cam Ranh, situé à une trentaine de kilomètres au sud, ainsi que par la ligne ferroviaire Nord-Sud et l'autoroute côtière. Les sites artisanaux et monumentaux situés autour du fleuve Cái sont facilement accessibles par le réseau routier urbain ou via des excursions fluviales organisées en embarcations légères depuis les embarcadères du centre-ville.

Une durée de séjour de deux à trois jours est recommandée pour apprécier l'ensemble du patrimoine de la localité, en articulant la visite des structures architecturales en brique des tours de Po Nagar, l'exploration des ateliers de poterie et de tissage cham, et la découverte des écosystèmes marins de la baie. Les infrastructures hôtelières de Nha Trang proposent une offre diversifiée, permettant d'associer le confort balnéaire à des parcours d'immersion culturelle rigoureux.