Loin des clichés traditionnels du delta du Mékong, faits de marchés flottants alanguis, de barques glissant sur des arroyos étroits et de vergers tropicaux débordant de fruits, la côte de Bạc Liêu dévoile un paysage surréaliste, presque sorti d'un film de science-fiction. C’est à environ 20 kilomètres du centre-ville, là où la terre ferme cède la place aux eaux saumâtres du golfe, que s'élève le champ éolien de Bạc Liêu (Cánh đồng quạt gió).

Ce site pionnier, premier projet éolien offshore du Vietnam et plus grand complexe de ce type dans le pays, incarne à lui seul la métamorphose d'une région. Ici, l'ingénierie verte de pointe rencontre l'immensité brute de la mer de Chine méridionale. Visiter ce lieu, ce n'est pas seulement cocher une case sur une liste touristique : c'est vivre une expérience sensorielle et visuelle totale, un voyage où les éléments naturels s'allient à la créativité humaine pour dessiner le visage du Vietnam de demain.

Le carnet de route : Comment explorer le site de bout en bout ?

Pour appréhender toute la dimension de ce complexe industriel et touristique, il est essentiel de suivre une ligne de progression géographique précise. Ce parcours linéaire vous permettra de passer de la nature sauvage à la prouesse technologique sans jamais perdre le fil de l'émerveillement :

  • L'approche par la barrière verte : Votre voyage commence bien avant d'atteindre les grilles du site. En empruntant la route côtière, vous traversez une forêt de mangrove dense, sauvage et mystérieuse. Les racines entrelacées des palétuviers plongent dans la boue côtière, créant une barrière écologique indispensable. C'est le premier contact avec l'écosystème de Bạc Liêu, une zone tampon qui protège les terres des colères de la mer.

  • L'entrée sur la digue de béton : Une fois franchi le centre d'accueil des visiteurs et votre billet en main, vous accédez à l'immense digue de protection. C'est à cet instant précis que se produit le premier choc visuel : l'horizon s'ouvre soudainement à 180 degrés, révélant une mer immense de laquelle surgissent, parfaitement alignées, des dizaines de silhouettes blanches immaculées.

  • L'immersion sur la passerelle en bois : Le point d'orgue de l'exploration commence lorsque vous posez le pied sur la célèbre passerelle en bois. Construite sur de solides piliers, elle s'avance sur des centaines de mètres au-dessus des flots et des vasières. Elle ondule de manière élégante, reliant la terre ferme aux premières lignes de turbines. C'est l'artère centrale de votre visite, le chemin qui vous détache du monde terrestre.

  • Au pied des monstres d'acier : En marchant jusqu'à l'extrémité autorisée du pont, vous vous retrouvez littéralement écrasé par la verticalité des premières éoliennes. C'est ici, au bout du monde, que l'exploration atteint son apogée, vous permettant de mesurer la taille réelle de ces structures avant d'amorcer le chemin du retour.

Chronique d'une journée chez les Géants : Les moments forts et immersion profonde
L'appel du matin : La fraîcheur et la géométrie pure (6h00 - 8h00)

Arriver au champ éolien au lever du jour est un privilège rare qui se mérite. À cette heure matinale, le site est désert, enveloppé dans un calme olympien que seule la brise marine vient perturber. L'air est d'une fraîcheur exquise, une bénédiction sous ces latitudes tropicales.

La lumière rasante du matin, douce et pastel, est le pinceau idéal pour souligner la pureté du design des turbines, entièrement importées d'Europe. Chaque pylône en acier spécial s'élève à environ 80 mètres de hauteur, surmonté d'une nacelle abritant le générateur, d'où se déploient trois pales monumentales de plus de 40 mètres de long chacune. Lorsque le soleil franchit l'horizon, la blancheur immaculée des structures se détache de façon graphique sur le bleu tendre du ciel et le gris argenté de la mer calme. Pour les amateurs de photographie d'architecture, de minimalisme et de lignes de fuite parfaites, ce moment offre des conditions de prise de vue tout simplement exceptionnelles, loin de l'agitation qui s'emparera du site quelques heures plus tard.

La passerelle au-dessus des flots : Le choc des dimensions (En journée)

Le cœur de l'expérience se vit au rythme de vos pas sur la longue passerelle. En vous avançant au-dessus de l'eau, vous quittez progressivement les bruits de la côte pour entrer dans le domaine exclusif du vent et de la mer. Le vent du large devient ici beaucoup plus vigoureux, chargé d'embruns salés qui rafraîchissent le visage.

C’est en marchant le long de ce pont que l'on prend pleinement conscience de la démesure du projet. À mesure que vous approchez des turbines, le silence du matin laisse place à une ambiance sonore unique : le bruit des pales qui fendent l'air à intervalles réguliers. C'est un sifflement lourd, puissant, un bruissement rythmé et presque hypnotique ("vouth, vouth, vouth") qui résonne dans toute la poitrine. Sous la passerelle, le spectacle est tout aussi fascinant. Selon les marées, vous verrez soit les vagues frapper les piliers, soit une immense étendue de vase où s'activent les pêcheurs locaux à pied, collectant des coquillages ou surveillant des pièges à poissons traditionnels. Ce contraste saisissant entre la haute technologie durable et les gestes ancestraux des habitants du delta donne à cette balade une profondeur humaine inattendue.

Le final grandiose : Le crépuscule flamboyant (16h30 - 18h00)

C'est le clou du spectacle, l'instant suspendu que tous les voyageurs attendent avec impatience. À la fin de l'après-midi, le ciel tropical de Bạc Liêu abandonne son bleu azur pour entamer une métamorphose spectaculaire. En l'espace de quelques minutes, l'atmosphère s'embrase, passant par des dégradés d'orange vif, de rouge feu, de rose poudré et de violet profond.

Les éoliennes, si blanches et techniques durant la journée, changent radicalement de statut : elles se transforment en de gigantesques et élégantes ombres chinoises, des silhouettes graphiques noires qui semblent danser sur un fond de ciel en feu. La lumière crépusculaire se reflète sur l'immensité de la mer de couleur cuivre et sur le bois patiné de la passerelle, créant une atmosphère d'une poésie et d'un romantisme absolus. Les visiteurs s'arrêtent, s'assoient sur le rebord de la passerelle, les yeux fixés sur l'horizon, savourant la brise du soir. C'est un moment de communion parfaite avec la nature, où le temps semble s'arrêter avant que la nuit ne vienne envelopper les géants de fer.

Conseils de terrain pour une immersion réussie
  • Le choix de la garde-robe : Optez pour des vêtements légers, amples mais bien ajustés. Le vent souffle parfois par rafales sur la passerelle : oubliez les robes trop amples et les chapeaux de paille non attachés sous le menton, sous peine de les voir s'envoler en mer. Pour les amateurs de photos de type "lifestyle", les vêtements aux couleurs unies et vives (comme le rouge, le jaune ou le blanc) offrent un contraste saisissant avec le bleu de la mer et le ciel.

  • Logistique et autonomie : Pensez à emporter une bouteille d'eau réutilisable et éventuellement une protection solaire (crème et lunettes de soleil). Une fois que vous êtes engagé sur les passerelles, il n'y a plus aucun point de vente de boisson ou de nourriture.

  • Le respect des consignes de sécurité : Le champ éolien est avant tout une centrale de production électrique industrielle en activité. Il est impératif de rester sur les chemins de bois balisés et de ne jamais tenter d'escalader les barrières ou d'approcher les transformateurs et les cabines techniques situés au pied des pylônes.

Conclusion

Le champ éolien de Bạc Liêu fait mentir ceux qui pensent que le développement industriel défigure nécessairement les paysages. En transformant une contrainte naturelle – les vents forts et réguliers de la côte – en une ressource énergétique propre et en un spectacle visuel d'une incroyable modernité, ce site est devenu la fierté légitime des habitants de la province. Que vous soyez un photographe exigeant à la recherche de perspectives uniques, un voyageur passionné par l'écologie et les énergies de demain, ou simplement un amoureux des grands espaces maritimes, cette déambulation au milieu des géants de fer s'imposera comme une étape mémorable, rafraîchissante et résolument moderne au cours de votre voyage dans le delta du Mékong.

Photo: Nguyet Nhi