Comment une avancée de terre sauvage, ancrée aux portes d'une métropole en plein essor, parvient-elle à préserver le plus rare des primates du Vietnam dans son écrin de jungle côtière ?

S'élevant à près de 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, la péninsule de Sơn Trà forme un bouclier naturel qui abrite la baie de Đà Nẵng des tempêtes de la mer de Chine méridionale. Situé à peine à une dizaine de kilomètres au nord-est du centre-ville, ce massif forestier de plus de 4 000 hectares rompt radicalement avec le paysage de gratte-ciels de la métropole voisine. Sơn Trà mérite qu'on y consacre une large étape lors d'un séjour dans le Centre du Vietnam. Elle offre un terrain d'observation unique où la forêt tropicale primitive plonge directement dans les récifs coralliens, constituant un exemple rare de coexistence entre un écosystème hautement préservé et un pôle urbain majeur.

 

1. L'observation des doucs à calotte ducale dans la réserve naturelle

Les fleurs de l'arbre Thàn Mát sont également un aliment de choix pour le langur à pieds bruns. Photo: Gò Giáp

La forêt de Sơn Trà abrite l'une des populations les plus importantes et les mieux protégées de doucs à calotte ducale (Pygathrix nemaeus), un primate endémique classé sur la liste rouge des espèces menacées. Pour espérer observer ces singes aux couleurs remarquables se déplaçant dans la canopée, l'excursion doit être planifiée à des heures bien précises, soit entre 06h00 et 08h30 le matin, soit en fin d'après-midi à partir de 16h00, lorsque les températures baissent et que les groupes descendent se nourrir. Circuler silencieusement le long des routes de crête permet de capter les mouvements dans les arbres de cette réserve naturelle, offrant une expérience de terrain brute, guidée par les rythmes biologiques de la faune locale.

 

2. Le patrimoine spirituel et la structure monumentale de la pagode Linh Ứng

Vue de la pagode Linh Ung sur le mont Son Tra et de la statue du bodhisattva Avalokiteśvara avec vue sur la mer de l'Est - Pham Hung - Thuy Phuong

Érigée sur les flancs sud de la péninsule, la pagode Linh Ứng de Bãi Bụt s'impose comme un repère visuel majeur pour l'ensemble de la baie. Ce complexe bouddhique moderne est célèbre pour sa statue monumentale de Quan Âm, la déesse de la Miséricorde, qui culmine à 67 mètres de hauteur, l'équivalent d'un immeuble de trente étages. Une visite en milieu d'après-midi, vers 15h30, permet d'arpenter les cours intérieures pavées et d'observer les détails des toits sculptés de dragons sans souffrir de la réverbération du soleil. Depuis l'esplanade principale, le voyageur bénéficie d'une vue plongeante sur l'arc littoral de Đà Nẵng, où la rigueur architecturale de la pagode encadre la transition entre la montagne et les eaux marines.

 

3. Les panoramas d'altitude depuis le sommet du mont Bàn Cờ

Coucher de soleil sur la colline en forme d'échiquier. Photo : Tuoitre

En grimpant par les routes sinueuses qui mènent aux crêtes de la péninsule, on atteint le mont Bàn Cờ, le point culminant du massif. Ce site est célèbre pour sa statue en bronze représentant un vieux sage immortel assis devant un échiquier de pierre, figé dans une réflexion éternelle. Le sommet offre une vue panoramique à 360 degrés englobant le fleuve Hàn, les ponts de la ville et les reliefs lointains des montagnes de Marbre. Pour apprécier la clarté du paysage et éviter les brumes denses qui enveloppent régulièrement le pic, il est judicieux de planifier l'accès en milieu de matinée, lorsque les rayons du soleil ont dissipé l'humidité matinale.

 

4. La douceur balnéaire et la clarté côtière de Bãi Bụt

Nichée au pied de la pagode éponyme, la plage de Bãi Bụt s'impose comme l'un des espaces côtiers les plus emblématiques de la péninsule. Cette baie abritée, où le sable fin rencontre une eau calme et transparente, est réputée pour ses récifs coralliens sous-jacents qui abritent une riche faune marine. Le meilleur moment pour s'y rendre se situe en fin de matinée ou après la visite du complexe bouddhique, lorsque la lumière verticale met en valeur les dégradés turquoise de l'eau. Idéal pour une pause baignade, le site dispose de petites paillotes en bois en bord de rive où les voyageurs peuvent s'installer pour observer le ballet des embarcations locales traditionnelles à l'écart des grandes vagues de la côte urbaine.

 

Logistique et connectivité au sein du réseau régional

L'intégration de la péninsule de Sơn Trà dans un itinéraire de voyage est facilitée par sa proximité immédiate avec les infrastructures de transport de la région. Le site se trouve à 20 minutes en voiture de l'aéroport international de Đà Nẵng et s'atteint aisément via le pont suspendu de Thuận Phước ou par le boulevard côtier de Võ Nguyên Giáp. Pour les voyageurs basés dans la cité historique de Hội An, le trajet représente environ 35 kilomètres, soit une heure de route le long du littoral. Pour explorer les différents versants de la montagne et combiner les randonnées forestières avec la visite des sites culturels, une durée d'excursion d'une journée complète est optimale.

 

Saisonnalité et conditions de transport en montagne

La planification d'un déplacement à Sơn Trà reste soumise aux variations climatiques de la côte centrale. La meilleure saison pour s'y rendre s'étend de mars à septembre, une période sèche caractérisée par une excellente visibilité et des routes sûres pour les véhicules à deux-roues ou les voitures légères. À partir d'octobre et jusqu'en janvier, la saison des pluies engendre des précipitations torrentielles et des risques de glissements de terrain sur les pentes raides du massif. Les autorités locales restreignent d'ailleurs régulièrement l'accès aux pistes d'altitude durant ces mois d'hiver pour des raisons de sécurité, la visibilité pouvant chuter à moins de cinq mètres en raison des brumes de crête.

 

Un équilibre territorial préservé

La péninsule de Sơn Trà s'affirme comme un maillon essentiel de l'identité géographique de la région. En structurant l'espace entre la réserve naturelle des doucs à calotte ducale, le sanctuaire de Linh Ứng, l'altitude du mont Bàn Cờ et l'isolement de Bãi Bắc, ce massif démontre qu'une nature primitive peut résister à la pression urbaine. Elle offre aux observateurs attentifs la preuve qu'un aménagement territorial mesuré peut préserver la biodiversité tout en restant accessible aux voyageurs en quête de reliefs sauvages.